Phebusa
05 Déc 2018

Titre : La Planète des sept dormants.

Date de parution : Juin 2018.

Auteur : Gaël Aymon.

Editeur : Nathan.

Pages : 269.

Pour réparer leur vaisseau endommagé, des explorateurs spatiaux atterrissent en catastrophe sur une planète inconnue. La découverte de ruines d’une civilisation disparue ravive l’espoir de la capitaine : cette nouvelle planète pourrait-elle être habitable ? Mais une partie de l’équipage est prête à tout pour repartir au plus vite, malgré l’état du vaisseau…
La rencontre soudaine avec un peuple primitif qui les prend pour des dieux, les Sept Dormants, les place devant un choix crucial : jouer les usurpateurs ou détromper ceux qui les accueillent ?

bonne lecture
Une bonne lecture

Certains livres laissent un certain flou dans leur sillage : s’agit-il d’un texte pour les ados ou pour les adultes ? La planète des 7 dormants en fait partie. Tout dans sa forme laisse à penser que l’on vise les adolescents. La typographie, le format, la première de couverture… Et pourtant le texte me fait irrésistiblement penser à un lecteur adulte : les personnages sont adultes – justement –, l’intrigue est à l’épreuve de tout manichéisme, l’analyse psychologique évite le naïf et le consensuel.

Si je pinaille sur le public cible, ce n’est pas parce que je pense qu’on doive s’interdire quoi que ce soit quand on écrit un livre de littérature de jeunesse, au contraire. L’une de mes lectures les plus marquantes est la trilogie du Chaos en marche de Patrick Ness, et je vous mets au défi de trouver narration plus originale et personnages plus profonds (et complexes). Lisez du Patrick Ness, sérieusement, c’est une expérience de lecteur à nulle autre pareille. Bref, si je pinaille là-dessus c’est que voyez-vous, ça changerait radicalement le contenu de ma critique. Balancer un vaisseau spatial organique dérivé de l’insecte et assortir cet insecte  d’un équipage entièrement adulte composé de gens tous plus détestables les uns que les autres, je sais pas pour vous mais en SF, ce n’est rien de bien novateur, tandis qu’en littérature de jeunesse, c’est une sacrée prise de risque.

Mettons que nous sommes dans un roman jeunesse.

Pour le coup, le moins que l’on puisse dire c’est que ce roman ne manque pas d’ambition. Comme je vous le disais, il ne se refuse rien. À défaut d’être attachants, les personnages sont complexes. Les deux civilisations, chacune à un extrême de l’évolution technologique, sont bien développées, de même que l’incompréhension qui règne entre elles et leur dimension historique (je veux dire par là qu’il y a eu un vrai effort pour donner de la profondeur à leur histoire). J’ai beaucoup apprécié l’effort de créativité au niveau du vocabulaire, les deux peuples ont vraiment chacun des termes qui leur sont propres et qui ajoutent une certaine richesse culturelle à ces civilisations. Gaël Aymon a aussi mis pas mal d’énergie à donner un souffle un peu épique à son roman, ou à tout le moins quelque chose qui tient de la grandeur. Le résultat n’est pas ouf de chez ouf, mais l’idée est là, d’autant qu’il a su rester cohérent dans le déroulé de l’intrigue. En parlant de cohérence, le mystère qui entoure les dormants m’a vraiment plu : déjà, il n’a pas ce côté tiré par les cheveux qu’ont parfois ceux qui ont voulu en faire trop, c’est logique, bien mis en place, et sans être estomaqué par la révélation, le mystère est vraiment là.

Le principal défaut de ce roman : sa taille. J’aurais voulu qu’il y en ait plus. Et quand je dis plus, je ne pense pas à plus parce-que-j’étais-tellement-à-fond-dedans-que-je-suis-triste-que-ça-s’arrête. Non, plus parce que ce roman est tellement court que j’ai à peine eu le temps d’être intéressée par le mystère des sept dormants que l’énigme était déjà résolue et qu’on a tout juste le temps de comprendre les enjeux de l’intrigue que tout est déjà fini. Tout est condensé… trop condensé… J’aurais vraiment aimé profiter de cet élan de suspens et d’épique plus longtemps, d’autant qu’il y avait largement assez de matière pour tenir 300 pages de plus.

En résumé, un roman ambitieux, qui ne prend pas les jeunes pour des idiots et se donne la peine de construire un univers riche et intéressant avec des personnages et une narration à la hauteur, son principal défaut étant qu’il est trop court pour exploiter correctement ces qualités. Pour ceux qui veulent voir à quoi ressemble la science fiction mais ne sont pas encore prêts pour La stratégie Ender ou Le chaos en marche.

Framboisine

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