Littérature • 13.03.2026

Le bleu entre le ciel et la mer, Susan Abulhawa : avis

Phebusa
le bleu entre le ciel et la mer — critique captivante
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Publié par : — Rédacteur en chef

On ouvre « Le bleu entre le ciel et la mer — Susan Abulhawa » comme on pousse une fenêtre sur un horizon qu’on croyait lointain. Vous êtes peut-être venu chercher une histoire, vous repartirez avec une famille entière, des gestes quotidiens, des rires batailleurs, et ces silences lourds qui accompagnent chaque départ. Je l’ai lu sur plusieurs soirs, toujours avec cette impression d’avoir du sel sur les lèvres. Et j’ai envie de vous en parler simplement, comme on raconte un livre à un ami, sans fioritures, avec un cœur qui bat un peu plus vite.

Le bleu entre le ciel et la mer — Susan Abulhawa : pourquoi ce roman compte

On comprend très vite que ce texte n’est pas un simple récit. C’est une traversée. L’autrice mêle l’intime et le politique avec une sûreté rare, et ce « bleu » du titre devient un espace de respiration et de tension, une ligne où tout se joue. Ce qui m’a frappé, c’est la capacité du roman à tenir ensemble la douceur d’une cuisine, l’odeur du café, et la déflagration d’un monde contrarié. J’y ai retrouvé des pages qui donnent envie d’écouter, d’apprendre, de tendre la main, autant que des éclats de vie qui font sourire à voix haute.

« Lire ce livre, c’est rencontrer des êtres de chair et de souffle, et reconnaître, sous l’Histoire majuscule, des histoires qui n’acceptent pas de disparaître. »

Si vous aimez les textes qui prennent au sérieux la puissance du détail — une clef posée sur une table, une chanson fredonnée au mauvais moment — vous serez happé. Le roman parle d’empreintes, de ce qui reste quand on a tout perdu, et de ce qui naît quand on croit que plus rien n’est possible.

Intrigue et thèmes majeurs de Le bleu entre le ciel et la mer — Susan Abulhawa

Sans déflorer les principaux nœuds de l’intrigue, on suit plusieurs générations liées par une terre, des départs et des retrouvailles parfois improbables. Les pages circulent entre passé et présent, entre ceux qui restent et ceux qui partent, et la mer devient complice autant que témoin. Vous croiserez des figures qui savent rire pour survivre, des liens qui se tissent contre la fatalité, et ce battement obstiné de la vie, même quand elle vacille.

Le livre s’ouvre à des glissements presque imperceptibles vers l’onirique. Ce n’est pas une fuite, plutôt une manière d’habiter autrement le réel quand il résiste. Les frontières — géographiques, intimes, symboliques — se brouillent pour mieux révéler ce qui relie. Cette manière de raconter donne au texte une respiration singulière, une amplitude qui laisse entrer le vent, la lumière, et quelques ombres.

J’ai aimé la place laissée aux femmes, à leur humour, à leur ruse tendre. On pense aux amitiés qui sauvent, à ces récits transmis le soir, qui cousent les brèches. C’est un roman du fil et de l’aiguille : on rapièce le monde en racontant, on maintient la maison debout en nommant les absents, on invente des chemins quand la route s’effondre.

La voix d’Abulhawa, entre précision et souffle

La langue est la première alliée de l’histoire. Elle glisse sans heurts entre un détail sensoriel et une scène plus ample. Le style d’Abulhawa fonctionne comme une caméra qui zoome puis dézoome, au service de l’émotion, jamais de l’esbroufe. En tant que lecteur, on se sent à la bonne distance, invité à s’approcher, jamais forcé. Cette retenue fait naître une puissance que j’ai trouvée durable, presque rémanente : le roman continue de vous parler quand le livre est refermé.

Autre force, la musicalité des dialogues. Même traduite, la voix conserve un grain très reconnaissable. On entend la malice, la franchise, la pudeur. On devine l’arrière-cuisine de chaque échange, ce qui n’est pas dit mais pèse, ce qui affleure au détour d’un mot. Cette texture vocale donne aux personnages un relief immédiat, une humanité qui coupe court aux clichés.

Ce que j’y ai trouvé de plus précieux

Trois choses ont laissé en moi une trace nette. D’abord, la façon de représenter la transmission. On n’hérite pas seulement d’un drame, on reçoit des remèdes : recettes, chansons, superstitions affectueuses. Ensuite, la mer comme miroir. Elle reflète la colère et console en même temps, elle prend et elle rend. Enfin, la place des hommes qui apprennent à se taire ou à parler à temps, à accueillir la force des femmes sans s’y dissoudre.

Je reviens aussi à ces instants minuscules qui valent de l’or : une tasse posée trop fort, un rire nerveux, un coup d’œil par la fenêtre. Le roman montre que la grande histoire se niche là, dans ces micro-événements qui disent tout d’une époque et d’une famille.

Comparaisons utiles pour situer Le bleu entre le ciel et la mer — Susan Abulhawa

Si vous avez lu « Les matins de Jénine » de la même autrice, vous retrouverez cette alliance de tendresse et de lucidité, avec ici une dimension plus ample du côté du rêve et de la sensation. Côté résonances, j’ai pensé à ces œuvres qui confient à la mer le rôle de passeuse. Sur Phebusa, j’avais noté cette manière d’écouter l’eau dans « Ce que murmure la mer », bien que l’univers diffère. L’eau porte les histoires, et ce roman en fait un territoire à part entière.

Autre parenté, plus discrète, avec ces livres où la mémoire familiale agit comme boussole cabossée. Si ce motif vous parle, vous pourriez aussi apprécier « La rumeur des rives », pour ce même souci d’entendre ce qui circule entre les générations, même quand les mots manquent.

Mon avis tranché, mais tendre

Je vous le recommande sans réserve pour sa chaleur humaine et sa vision du monde, rarement aussi nuancée et sensible. Le livre a ses rugosités — quelques transitions peuvent paraître rapides — mais elles participent de sa vérité. La vie n’explique pas toujours son montage. Je préfère mille fois un roman qui respire et trébuche un peu, plutôt qu’un texte trop poli qui glisse sans vous atteindre.

Ce que j’emporterai longtemps, c’est cette sensation d’avoir été accueilli. Les pages vous ouvrent une maison, vous offrent un siège, un plat simple, et vous laissent repartir avec un peu de leur lumière. À l’heure où l’on lit vite, ce roman rappelle qu’on peut encore lire juste.

Pour qui est ce livre, concrètement

Vous aimez les récits qui allient souffle romanesque et précision du détail. Vous cherchez une histoire qui parle de frontières et d’héritages sans perdre le fil humain. Vous avez envie d’être bousculé avec douceur. Si vous cochez l’une de ces cases, il y a de grandes chances que ce texte vous parle, et qu’il vous accompagne plus loin que la dernière page.

  • Pour les lecteurs qui aiment les sagas intimes traversées par l’Histoire.
  • Pour celles et ceux qui cherchent une littérature de la sensation autant que de l’idée.
  • Pour les amateurs d’ambiances maritimes, de lumières changeantes, de vents contraires.

Ce que le roman dit du monde, sans discours plaqué

La grande force d’Abulhawa est de ne jamais confondre littérature et manifeste. L’expérience humaine précède toute démonstration. On comprend mieux une époque en partageant un repas, en suivant un trajet, en observant le soin qu’on se porte, que par des proclamations d’estrade. Ce choix de focale intime donne une épaisseur rare aux enjeux qui traversent le livre. La politique devient un décor qui saigne, pas un slogan.

Cette approche évite le manichéisme. Les personnages ne sont pas des figures exemplaires, mais des êtres poreux, traversés par la peur, la colère, la joie, le désir de réparer. On s’y reconnaît, parfois à contrecœur, souvent avec gratitude.

Conseils de lecture pour savourer Le bleu entre le ciel et la mer — Susan Abulhawa

Je vous suggère de le lire sans vous presser. Laissez aux images le temps de se déposer. Prenez des pauses, revenez à une scène, suivez un parfum. Une deuxième lecture révèle d’autres coutures, d’autres circulations. Et si vous lisez le soir, éteignez l’écran un peu plus tôt, gardez le silence du livre avant de dormir : certaines pages gagnent à résonner dans le noir.

« Prenez le roman comme un rivage. On y revient, on s’y promène à différents moments du jour, et la lumière n’y raconte jamais la même chose. »

Quelques repères clés pour mieux l’aborder

Le titre est déjà un mode d’emploi. Il parle de l’entre-deux, de cette zone suspendue où l’on reste parfois pour survivre. Cette suspension irrigue tout le récit. Le temps, lui aussi, circule, s’attarde, s’élance. Le texte accueille les contradictions : la tendresse au milieu de la colère, la douceur qui cohabite avec la perte.

J’ai trouvé féconde la place faite aux gestes. On prépare un plat, on répare un objet, on entretient un souvenir. Les mains pensent, et le roman leur laisse la parole. C’est peut-être sa leçon la plus discrète : quand tout chancelle, il reste les mains, et ce qu’elles peuvent donner.

Derniers mots pour vous décider

Si vous lisez pour vous souvenir que la littérature sait embrasser le réel sans le réduire, laissez-vous tenter. « Le bleu entre le ciel et la mer — Susan Abulhawa » n’est pas qu’un beau titre, c’est une promesse tenue. Vous refermerez le livre plus attentif à ce qui circule entre les êtres, plus à l’écoute de ce « bleu » qui, chez chacun, a un autre nom.

Et si vous aimez prolonger l’expérience par d’autres rivages narratifs, allez jeter un œil aux chroniques mentionnées plus haut. On y trouve ce même désir d’entendre le monde à hauteur d’humain, avec tact, nuance et chaleur.

Je laisse ici, comme des balises de navigation personnelle, quelques mots qui ont guidé ma lecture : Le bleu entre le ciel et la mer, Susan Abulhawa, Gaza, Nakba de 1948, réalisme magique, diaspora palestinienne, matriarche, voix féminines, mémoire, exil, résilience, roman choral, poésie du quotidien, prose sensuelle, engagement littéraire. Gardez-les en tête, puis oubliez-les dès la première page : le roman fera le reste.