Littérature 05.07.2026

Booz endormi : texte intégral, repères bibliques et lecture du songe

Phebusa
Booz endormi texte complet : champ de blé, vieil homme endormi, moisson
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Le poème Booz endormi est présenté ci-dessous dans son texte complet, avec un repère bref pour situer l’œuvre de Victor Hugo dans La Légende des siècles, publiée en 1859.

Texte intégral de Booz endormi

Booz s'était couché de fatigue accablé ; Il avait tout le jour travaillé dans son aire ; Puis avait fait son lit à sa place ordinaire ; Booz dormait auprès des boisseaux pleins de blé.

Ce vieillard possédait des champs de blé et d'orge ; Il était, quoique riche, à la justice enclin ; Il n'avait pas de fange en l'eau de son moulin ; Il n'avait pas d'enfer dans le feu de sa forge.

Sa barbe était d'argent comme un ruisseau d'avril. Sa gerbe n'était point avare ni haineuse ; Quand il voyait passer quelque pauvre glaneuse : « Laissez tomber exprès des épis », disait-il.

Cet homme marchait pur loin des sentiers obliques, Vêtu de probité candide et de lin blanc ; Et, toujours du côté des pauvres ruisselant, Ses sacs de grains semblaient des fontaines publiques.

Booz était bon maître et fidèle parent ; Il était généreux, quoiqu'il fût économe ; Les femmes regardaient Booz plus qu'un jeune homme, Car le jeune homme est beau, mais le vieillard est grand.

Le vieillard, qui revient vers la source première, Entre aux jours éternels et sort des jours changeants ; Et l'on voit de la flamme aux yeux des jeunes gens, Mais dans l'œil du vieillard on voit de la lumière.

Donc, Booz dans la nuit dormait parmi les siens. Près des meules, qu'on eût prises pour des décombres, Les moissonneurs couchés faisaient des groupes sombres ; Et ceci se passait dans des temps très anciens.

Les tribus d'Israël avaient pour chef un juge ; La terre, où l'homme errait sous la tente, inquiet Des empreintes de pieds de géants qu'il voyait, Était encor mouillée et molle du déluge.

Comme dormait Jacob, comme dormait Judith, Booz, les yeux fermés, gisait sous la feuillée ; Or, la porte du ciel s'étant entre-bâillée Au-dessus de sa tête, un songe en descendit.

Et ce songe était tel, que Booz vit un chêne Qui, sorti de son ventre, allait jusqu'au ciel bleu ; Une race y montait comme une longue chaîne ; Un roi chantait en bas, en haut mourait un Dieu.

Et Booz murmurait avec la voix de l'âme : « Comment se pourrait-il que de moi ceci vînt ? Le chiffre de mes ans a passé quatre-vingt, Et je n'ai pas de fils, et je n'ai plus de femme.

Voilà longtemps que celle avec qui j'ai dormi, Ô Seigneur ! a quitté ma couche pour la vôtre ; Et nous sommes encor tout mêlés l'un à l'autre, Elle à demi vivante et moi mort à demi.

Une race naîtrait de moi ! Comment le croire ? Comment se pourrait-il que j'eusse des enfants ? Quand on est jeune, on a des matins triomphants, Le jour sort de la nuit comme d'une victoire ;

Mais, vieux, on tremble ainsi qu'à l'hiver le bouleau ; Je suis veuf, je suis seul, et sur moi le soir tombe, Et je courbe, ô mon Dieu ! mon âme vers la tombe, Comme un bœuf ayant soif penche son front vers l'eau. »

Ainsi parlait Booz dans le rêve et l'extase, Tournant vers Dieu ses yeux par le sommeil noyés ; Le cèdre ne sent pas une rose à sa base, Et lui ne sentait pas une femme à ses pieds.

Pendant qu'il sommeillait, Ruth, une moabite, S'était couchée aux pieds de Booz, le sein nu, Espérant on ne sait quel rayon inconnu, Quand viendrait du réveil la lumière subite.

Booz ne savait point qu'une femme était là, Et Ruth ne savait point ce que Dieu voulait d'elle. Un frais parfum sortait des touffes d'asphodèle ; Les souffles de la nuit flottaient sur Galgala.

L'ombre était nuptiale, auguste et solennelle ; Les anges y volaient sans doute obscurément, Car on voyait passer dans la nuit, par moment, Quelque chose de bleu qui paraissait une aile.

La respiration de Booz qui dormait Se mêlait au bruit sourd des ruisseaux sur la mousse. On était dans le mois où la nature est douce, Les collines ayant des lis sur leur sommet.

Ruth songeait et Booz dormait ; l'herbe était noire ; Les grelots des troupeaux palpitaient vaguement ; Une immense bonté tombait du firmament ; C'était l'heure tranquille où les lions vont boire.

Tout reposait dans Ur et dans Jérimadeth ; Les astres émaillaient le ciel profond et sombre ; Le croissant fin et clair parmi ces fleurs de l'ombre Brillait à l'occident, et Ruth se demandait,

Immobile, ouvrant l'œil à moitié sous ses voiles, Quel dieu, quel moissonneur de l'éternel été, Avait, en s'en allant, négligemment jeté Cette faucille d'or dans le champ des étoiles.

Repères essentiels sur le poème

Auteur, recueil et date

Booz endormi est un poème de Victor Hugo, écrivain français né en 1802 et mort en 1885. Il figure dans La Légende des siècles, recueil publié en 1859. Hugo y mêle des épisodes historiques, bibliques et légendaires pour donner à chaque scène une portée plus large que le simple récit.

Traduction italienne inédite de « Booz endormi » de Victor Hugo — Découvrez une traduction inédite en italien du célèbre poème de Victor Hugo issu de La Légende des siècles.

Un sujet inspiré du Livre de Ruth

Le personnage de Booz vient du Livre de Ruth. Hugo reprend l’image d’un vieillard juste, riche et généreux, endormi près de ses moissons. Ruth, la Moabite, se tient à ses pieds sans qu’il le sache, et le songe annonce une descendance qui relie Booz à David.

Cette base biblique compte beaucoup pour la lecture du poème. Elle donne au sommeil de Booz une valeur d’attente, de transmission et de promesse.

Ce qu’il faut comprendre en lisant le texte

La grandeur du vieillard

Le poème oppose la jeunesse et la vieillesse, mais il donne surtout à la vieillesse une forme de grandeur. Booz n’est pas décrit comme un conquérant. Il est juste, maître loyal, parent fidèle et riche sans dureté. Les images du blé, des fontaines publiques et du lin blanc dessinent un homme qui nourrit et protège.

Le rêve comme annonce d’une lignée

Le songe du chêne est le centre du poème. L’arbre qui sort du ventre de Booz monte jusqu’au ciel, puis une race y grimpe comme une chaîne. Hugo transforme une scène très simple en vision ample : un homme endormi devient un passage entre le temps humain et une destinée plus vaste.

La progression est nette. Le champ mène à la moisson, la moisson à la nuit, la nuit au songe, le songe à la descendance. La dernière image de la faucille d’or reprend les épis du début et ferme le poème sur le même univers de moisson et d’étoiles.

Pourquoi ce poème reste souvent étudié

Le texte est souvent étudié parce qu’il réunit un récit accessible et plusieurs niveaux de lecture. On suit sans difficulté une nuit, un sommeil et une vision, mais chaque détail compte. Le poème permet aussi d’observer comment Hugo agrandit une scène intime jusqu’à lui donner une valeur symbolique.

  • Le cadre : les champs, les meules, les moissonneurs et la nuit installent une atmosphère calme et ancienne.
  • Les personnages : Booz incarne la justice et la vieillesse lumineuse ; Ruth représente l’attente, la confiance et l’avenir.
  • Les images : le chêne, la chaîne, la lumière, la faucille d’or et le champ des étoiles donnent au poème sa force visuelle.
  • Le thème central : la transmission, plus forte que l’âge, la solitude et l’apparente fin d’une vie.

Cette construction claire aide à lire le poème sans perdre le fil. Elle explique aussi pourquoi le texte fonctionne bien en classe : le vocabulaire reste concret, les images sont nettes et la progression se retient facilement.

Fiabilité du texte et domaine public

Le texte de Victor Hugo appartient au domaine public, l’auteur étant mort en 1885. Il peut donc être lu, cité et étudié librement, en respectant l’attribution à son auteur et au recueil d’origine.

Pour un usage scolaire ou universitaire, il est utile de conserver le titre, le nom de Victor Hugo, la mention de La Légende des siècles et la date de publication, 1859. Si un passage est cité, mieux vaut préciser les vers ou la strophe concernée. La mise en strophes ci-dessus facilite ce repérage.