Phebusa
21 Oct 2017

Titre : Antigone illustré par Coco.

Date de parution : 14 septembre 2017.

Auteur : Sophocle.

Editeur : Les Echappés.

Pages : 150.

« La rencontre inattendue entre un auteur classique et un dessinateur contemporain. Antigone – Je suis de ceux qui aiment, non de ceux qui haïssent. Créon – Eh bien donc, s’il te faut aimer, va-t’en sous terre aimer les morts ! Moi, tant que je vivrai, ce n’est pas une femme qui me fera la loi. »

Antigone est la fille d’Œdipe et de Jocaste, souverains de Thèbes. Après le suicide de Jocaste et l’exil d’Œdipe, les deux frères d’Antigone, Étéocle et Polynice se sont entretués pour le trône de Thèbes. Créon, frère de Jocaste et – à ce titre – nouveau roi, a décidé de n’offrir de sépulture qu’à Étéocle et non à Polynice, qualifié de voyou et de traître. Il avertit par un édit que quiconque osera enterrer le corps du renégat sera puni de mort. Personne n’ose braver l’interdit et le cadavre de Polynice est abandonné à la chaleur et aux charognards.

Seule Antigone refuse cette situation. Malgré l’interdiction de son oncle, elle se rend plusieurs fois auprès du corps de son frère et tente de le recouvrir avec de la terre. Ismène, sa sœur, informée de sa décision, refuse de la suivre, craignant sa propre mort.

Très vite, Antigone est prise sur le fait par les gardes du roi. Créon est obligé d’appliquer la sentence de mort à Antigone.

Panda excellente lecture
Une excellente lecture
Tout d’abord, je remercie les éditions Les Echappés pour m’avoir permis de redécouvrir cette œuvre classique sous un autre jour grâce aux illustrations de Coco qui accompagnent le texte théâtral original. J’ai toujours apprécié l’histoire d’Antigone qui est, pour moi, l’une des icônes des femmes fortes de la littérature. On ne peut d’ailleurs s’éviter de sourciller lors des remarques misogynes de Créon telles que « Tant que je vivrai, une femme ne commandera pas. »

Coco est une dessinatrice contemporaine, travaillant pour Charlie Hebdo, qui apporte de la modernité à l’œuvre qu’elle rend ainsi accessible aux plus jeunes. En effet, la version de Sophocle peut être un peu difficile à étudier dans le cadre scolaire, que ce soit à cause du vocabulaire employé ou des connaissances mythologiques et culturelles requises, notamment dans les passages repris par le chœur, représentant le peuple.

Même si le texte initial reste celui de Sophocle, les dessins sont soigneusement choisis pour représenter les moments clefs de l’histoire. On pourrait presque se contenter de tous les visualiser pour avoir une compréhension globale de la pièce théâtrale, avant de revenir sur l’étude détaillée du texte. Ils pourraient remplacer le résumé que les « petits lecteurs » fuiraient d’emblée. Dans la société actuelle, il est évident que l’image prend de plus en plus de place et qu’elle fait partie des moyens pour amener ce type de lecteur à découvrir des œuvres de la culture française commune.

J’ai beaucoup apprécié relire cette histoire accompagnée des illustrations comiques qui proposent leur propre vision des personnages. Certes, Antigone nous rappelle la représentation de l’héroïne rebelle de la réécriture d’Anouilh, mais on peut davantage s’interroger sur le personnage d’Hémon dont on ne manque pas la ressemblance frappante avec Benoit Hamon ou encore Créon et sa moustache faisant penser à des figures tyranniques du XXème siècle.

De fait, c’est une histoire qui nous fait réfléchir sur la définition de l’Homme. Il est question d’un homme face au pouvoir, Créon, dont la décision – à savoir condamner Antigone – ne fait pas l’unanimité. C’est un récit qui pose plein de questions : Créon a-t-il raison ? Se prend-t-il pour un dieu qui peut décider de la vie ou de la mort d’un être ? Antigone mérite-t-elle d’être punie ? A-t-on le droit de ne pas respecter une loi injuste, contradictoire avec la religion ? Rappelons tout de même que son frère n’a pas le droit à un rite religieux selon la décision de Créon. Or, ne pas ensevelir la dépouille revient à lui refuser un repos éternel.

En bref, j’ai apprécié cette pièce théâtrale illustrée avec intelligence. Elle développe un rapport de force qui confronte justice et religion, mais aussi une réflexion sur le lien entre l’homme et le pouvoir ou encore sur la femme face aux hommes au pouvoir. Les dessins de Coco modernise la pièce et propose une sorte de réécriture imagée, ainsi accessible aux plus jeunes.

Phebusa

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