Phebusa
25 Août 2018

Titre : Baby Jane à Broadway.

Date de parution : 9 octobre 2018.

Auteure : Ahava Soraruff.

Editeur : Charleston.

Pages : 423.

En 1988, Andrew Lloyd Webber triomphe à New-York avec Le Fantôme de l’Opéra, tandis que Tess, ex-danseuse souffrant d’agoraphobie depuis un incendie meurtrier auquel elle a réchappé deux ans plus tôt, vit recluse dans un quartier de Brooklyn.
Lorsque Peter Halsey monte une nouvelle compagnie, à deux pas du Majestés Theater, Tess se dit que c’est un signe du destin et qu’il est temps pour elle de surmonter ses angoisses. Seulement, elle n’avait pas prévu de se reconvertir en danseuse de cabaret burlesque…
Panda excellente lecture
Une excellente lecture

Tout d’abord, je remercie les éditions Charleston pour la découverte de ce roman sur le thème de la danse. J’ai une expérience particulière avec celui-ci car j’avais eu l’occasion de lire le manuscrit pour le Prix du livre Romantique. C’est donc avec plaisir que j’ai redécouvert l’histoire, qui a été retravaillée pour être encore bien meilleure qu’elle ne l’était.

J’ai adoré l’histoire de Tess qui va rejoindre une compagnie de cabaret burlesque, à la manière du Moulin Rouge. Il n’est question d’un simple strip-tease mais d’un effeuillage avec des codes précis. Le roman vise à montrer que c’est un art qui échappe à certaines personnes qui considèrent cela comme une activité vulgaire. Néanmoins, Tess va connaître de multiples personnages avec lesquels elle formera une sorte de comédie musicale destinée à un public averti. Ainsi, cette troupe rend hommage aux cabarets parisiens mais aussi à ce mouvement artistique et également féministe.

« Le burlesque n’a rien à voir avec le strip-tease, c’est beaucoup plus intelligent. C’est artistique. Mais ça, bien sûr, tu ne peux pas comprendre. T’as toujours été fermée à l’art. »

« Incarner plusieurs personnages comme au théâtre. Être comme cela à dix heures du matin et comme ceci à dix heures du soir. Les hommes réclament de nous que nous soyons madone et prostituée en même temps. Mais on ne peut jamais être totalement une madone ou une prostituée. Quand ils finissent par le comprendre, ils foutent le camp. »

J’ai apprécié l’alternance des chapitres qui nous font découvrir Tess en 1988 et en 2017. Le premier chapitre permet au lecteur de rencontrer Charlotte, la fille de Tess, qui ne connaît pas encore son père. La découverte d’une boîte à musique qui contient une danseuse va lui permettre de remonter dans les souvenirs de sa mère en 1988. Grâce à ces chapitres se déroulant en 2017, on découvre petit à petit ce qu’est devenue notre héroïne mais certains éléments sont encore mystérieux. Néanmoins, si la plus jeune Tess a connu le milieu de la comédie musicale, la vie de la Tess plus âgée contient aussi sa part de tragédie.

Même si je ne suis pas intéressée par le cabaret burlesque, Tess est une femme forte et attachante qui possède tout de même des faiblesses telles que son agoraphobie. Sa relation compliquée avec le monde, avec les hommes mais aussi avec certaines danseuses de la troupe fait partie de l’intrigue. Par conséquent, cette jeune femme va devoir faire un travail sur elle-même et se reconstruire après un événement traumatisant vécu quelques années auparavant. Elle choisit ainsi d’incarner Baby Jane, dont le film Qu’est-il arrivé à Baby Jane ? relate la célébrité de cette femme attendrissante en apparence qui agit cependant en privé comme une véritable peste.

« Baby Jane n’est qu’un personnage… tu crois qu’on peut se perdre dans un double fictif ? Est-ce que je deviens folle ? Parfois, je ne sais plus si c’est moi qui parle, moi qui pense, ou Baby Jane. Je n’arrive pas à l’extérioriser sur scène, mais crois-moi, elle est là, l’intérieur de moi, et j’ai l’impression qu’elle détruit tout sur son passage. Je suis complètement perdue. »

Ce questionnement autour du Personnage propose des réflexions intéressantes sur le théâtre et plus particulièrement sur l’Identité. Au début de l’histoire, son entrée dans la troupe était compromise, mais on imagine rapidement que cela va finir par déboucher sur quelques réussites.

« Je crois au potentiel de ton personnage, poursuivit-il. Donne-lui une chance, une vraie chance. Tu es encore trop dans la caricature. Tu ne comprends pas ses motivations, ses forces, ses faiblesses et ses ambitions. Toi, tu te complais dans la mimesis. »

En bref, j’ai adoré ce roman qui nous plonge dans l’ambiance artistique des années 80. J’ai été agréablement surprise par Tess, une jeune femme effacée qui, au cours de cette aventure semée d’embûches, va devoir faire des choix professionnels mais aussi personnels.

Phebusa

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